Pourquoi une tendinite ne guérit-elle parfois jamais?
- Boris Laub Ostéopathe

- 12 août
- 15 min de lecture

Et si votre tendon ne refusait pas de guérir… mais ne recevait tout simplement pas les bonnes conditions pour se réparer?
C'est une situation que vivent de nombreuses personnes. Une douleur apparaît au niveau d'un tendon, on ralentit son activité, on applique de la glace, on prend des anti-inflammatoires ou l'on attend simplement que « le temps fasse son travail ». La douleur s'atténue parfois quelques jours… avant de réapparaître dès la reprise du sport, d'un effort professionnel ou même d'un geste du quotidien.
Lorsque cette douleur persiste pendant plusieurs mois, l'incompréhension s'installe. Pourquoi ce tendon ne guérit-il pas alors que l'on a suivi les recommandations? Pourquoi certaines tendinopathies disparaissent-elles rapidement tandis que d'autres deviennent chroniques, parfois pendant des années?
Pendant longtemps, la réponse semblait évidente : si le tendon faisait mal, c'est qu'il était enflammé. C'est d'ailleurs de cette idée qu'est né le terme de « tendinite ». Pourtant, les recherches scientifiques menées au cours des vingt dernières années ont profondément transformé notre compréhension de ces lésions. Dans la majorité des tendinopathies chroniques, l'inflammation n'est plus le principal problème. Le véritable enjeu est souvent une réparation tissulaire incomplète : les fibres de collagène perdent leur organisation, la qualité du tendon diminue progressivement et celui-ci devient moins capable de supporter les contraintes mécaniques auxquelles il est soumis.
Cette évolution de nos connaissances change profondément la manière d'aborder ces douleurs. Si le tendon ne souffre pas d'un excès d'inflammation, mais d'une difficulté à retrouver une structure fonctionnelle, alors le repos prolongé ou la suppression systématique de l'inflammation ne constituent pas toujours les meilleures stratégies. À l'inverse, certaines stimulations mécaniques, lorsqu'elles sont adaptées, progressives et correctement dosées, peuvent favoriser la reprise des mécanismes naturels de réparation.
Dans cet article, nous allons découvrir pourquoi certaines tendinopathies deviennent chroniques, ce qui se passe réellement à l'intérieur d'un tendon douloureux et, surtout, comment les connaissances actuelles en biologie de la réparation tissulaire permettent d'envisager une prise en charge plus logique, plus efficace et mieux adaptée au fonctionnement naturel de notre organisme.

Une « tendinite » n'est souvent plus une inflammation
Le mot « tendinite » est largement utilisé, aussi bien par les patients que par les professionnels de santé. Pourtant, il est souvent inadapté pour décrire les douleurs tendineuses qui persistent depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Le suffixe -ite signifie inflammation. Il laisse donc entendre que le tendon est toujours enflammé. Or, les études réalisées sur des tendons douloureux montrent qu'après la phase initiale de la lésion, cette inflammation aiguë disparaît progressivement. Chez la plupart des patients souffrant de douleurs chroniques, on observe surtout un tendon dont la structure s'est dégradée et qui peine à retrouver une organisation normale.
C'est pourquoi les spécialistes parlent aujourd'hui plus volontiers de tendinopathie, un terme plus large qui décrit l'ensemble des modifications du tendon sans supposer qu'une inflammation est toujours présente.
Quand le tendon perd son organisation
Un tendon sain ressemble à une corde particulièrement solide. Il est constitué de milliers de fibres de collagène de type I, alignées parallèlement les unes aux autres. Cette organisation très précise lui permet de transmettre efficacement la force produite par le muscle vers l'os, tout en résistant à des contraintes mécaniques parfois considérables.
Lorsqu'un tendon est soumis à des sollicitations répétées, à une surcharge trop importante ou, au contraire, à un manque de stimulation prolongé, son équilibre biologique peut être perturbé. Les cellules du tendon, appelées ténocytes, ne parviennent plus à maintenir une architecture optimale.
Progressivement, les fibres de collagène perdent leur alignement. Elles deviennent moins denses, moins organisées et moins résistantes. La matrice extracellulaire se modifie également: elle contient davantage de protéoglycanes et d'eau, ce qui donne au tendon un aspect épaissi mais paradoxalement moins performant sur le plan mécanique.
Autrement dit, un tendon plus volumineux n'est pas forcément un tendon plus solide.
Pourquoi un tendon fait-il encore mal s'il n'est plus vraiment inflammatoire?
C'est une question qui intrigue les chercheurs depuis de nombreuses années.
On sait aujourd'hui que la douleur d'une tendinopathie chronique ne dépend pas uniquement de l'inflammation. Plusieurs mécanismes peuvent intervenir simultanément.
Lorsque le tendon se dégrade, de nouveaux petits vaisseaux sanguins apparaissent à l'intérieur du tissu. Ce phénomène, appelé néovascularisation, s'accompagne souvent de la croissance de fibres nerveuses qui pénètrent dans des régions du tendon normalement peu innervées. Ces nouvelles terminaisons nerveuses semblent participer à la douleur ressentie par certains patients, même si leur rôle exact reste encore débattu.
Parallèlement, les cellules du tendon produisent différentes molécules capables de sensibiliser les récepteurs de la douleur. Enfin, le système nerveux lui-même peut devenir plus sensible lorsque la douleur persiste depuis longtemps, amplifiant parfois les symptômes sans qu'il existe une aggravation proportionnelle des lésions du tendon.
La douleur chronique est donc le résultat d'interactions complexes entre les modifications du tissu, les mécanismes biologiques locaux et le fonctionnement du système nerveux.
Ce que cela change pour le traitement
Comprendre qu'une tendinopathie chronique est avant tout un problème de réparation tissulaire change profondément la prise en charge.
Si le tendon souffre principalement d'une désorganisation de ses fibres plutôt que d'une inflammation persistante, l'objectif n'est plus seulement de calmer la douleur. Il devient nécessaire de stimuler progressivement la reconstruction du tissu.
C'est précisément là que les contraintes mécaniques adaptées, l'exercice thérapeutique, certaines techniques de thérapie manuelle, le dry needling ou encore les ondes de choc trouvent leur intérêt : non pas parce qu'ils « masquent » les symptômes, mais parce qu'ils cherchent à recréer les conditions biologiques favorables à une réparation de meilleure qualité.
A retenir
Une tendinopathie chronique n'est généralement pas une inflammation qui dure depuis des mois. C'est le plus souvent un tendon dont la structure s'est progressivement désorganisée et qui n'a pas retrouvé sa capacité normale à supporter les contraintes mécaniques. La prise en charge vise donc moins à supprimer l'inflammation qu'à favoriser une véritable régénération du tissu.
Pourquoi un tendon cicatrise-t-il si lentement?
Si les tendinopathies deviennent facilement chroniques, ce n'est pas seulement parce que le tendon est fortement sollicité au quotidien. C'est aussi parce que le tendon est un tissu qui se répare naturellement plus lentement que beaucoup d'autres tissus de l'organisme.
Cette lenteur n'est pas un défaut de notre corps. Elle est directement liée à la structure et à la fonction du tendon.
Un tissu conçu pour résister… plus que pour se réparer
Le rôle d'un tendon est simple mais exigeant: transmettre la force produite par le muscle vers l'os. À chaque pas, à chaque saut ou à chaque mouvement du bras, il supporte des contraintes mécaniques parfois équivalentes à plusieurs fois le poids du corps.
Pour remplir cette mission, le tendon est constitué d'un réseau très dense de fibres de collagène de type I, organisées en faisceaux parfaitement parallèles. Cette architecture lui confère une résistance exceptionnelle à la traction.
En revanche, cette organisation très spécialisée présente une contrepartie: le renouvellement cellulaire y est relativement lent. Les ténocytes, principales cellules du tendon, sont peu nombreux et leur activité est plus faible que celle observée dans d'autres tissus comme la peau ou les muscles.
Autrement dit, un tendon privilégie la solidité à la rapidité de réparation.
Une vascularisation naturellement limitée
Un autre élément explique cette lenteur: le tendon est peu vascularisé.
Contrairement à un muscle, richement irrigué, le tendon reçoit un apport sanguin relativement modeste. Pourtant, c'est grâce au sang que les cellules reçoivent l'oxygène, les nutriments, les acides aminés nécessaires à la fabrication du collagène, ainsi que les cellules et les molécules impliquées dans la réparation tissulaire.
Cette faible vascularisation signifie que les ressources indispensables à la cicatrisation arrivent plus lentement au niveau de la lésion.
Cela explique pourquoi la récupération d'un tendon demande souvent plusieurs semaines, voire plusieurs mois, même lorsque la prise en charge est adaptée.
À retenirUn tendon ne guérit pas lentement parce qu'il est « fragile », mais parce que sa biologie est différente. Sa faible vascularisation et son renouvellement cellulaire limité rendent la réparation plus longue que dans la plupart des autres tissus.
La réparation dépend aussi… du mouvement
On pourrait penser qu'un tendon blessé a besoin de repos complet pour cicatriser. Pourtant, les recherches montrent que ce n'est pas si simple.
Les cellules tendineuses sont capables de détecter les contraintes mécaniques auxquelles elles sont soumises. Ce phénomène, appelé mécanotransduction, transforme une force physique en un signal biologique.
Lorsqu'elles reçoivent une charge adaptée, les cellules du tendon activent des voies de signalisation qui stimulent la production de collagène, orientent les nouvelles fibres et participent au remodelage du tissu.
A l'inverse, une absence totale de contrainte pendant une longue période peut ralentir ces mécanismes. Le tendon perd progressivement ses propriétés mécaniques : les fibres se désorganisent, la résistance diminue et le risque de récidive augmente lors de la reprise des activités.
C'est pourquoi la prise en charge moderne des tendinopathies ne repose plus uniquement sur le repos, mais sur une reprise progressive et contrôlée de la charge, adaptée au stade de la cicatrisation et aux capacités du patient.
La guérison est un équilibre
A l'inverse, un excès de contraintes mécaniques peut également empêcher le tendon de se réparer. Si les sollicitations dépassent les capacités du tissu, les micro-lésions s'accumulent plus vite que les mécanismes de réparation ne peuvent les corriger.
La cicatrisation tendineuse repose donc sur un équilibre délicat:
Trop peu de contraintes : le tendon n'est pas suffisamment stimulé pour se reconstruire.
Trop de contraintes : les lésions s'accumulent et dépassent les capacités de réparation.
La bonne dose de charge : les cellules reçoivent le signal nécessaire pour produire un tissu plus résistant.
C'est cette notion de charge optimale, aujourd'hui largement soutenue par la littérature scientifique, qui guide les programmes modernes de rééducation.
🔬 Le regard des dernières recherches
Les travaux de Jill Cook et Craig Purdam ont profondément changé notre compréhension des tendinopathies. Leur modèle du continuum montre que le tendon passe par différents stades biologiques, chacun répondant différemment à la charge mécanique.
📖 Cook JL, Purdam CR. Is tendon pathology a continuum? (BJSM, 2009) :https://bjsm.bmj.com/content/43/6/409
Les recherches en mécanobiologie menées notamment par J.H.C. Wang ont également démontré que les contraintes mécaniques stimulent directement les cellules tendineuses et favorisent la synthèse du collagène.
📖 Wang JHC. Mechanobiology of tendon (Journal of Biomechanics, 2006) :https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0021929005005997
Changer de regardPendant longtemps, on demandait au patient de « laisser son tendon au repos ». Aujourd'hui, les connaissances scientifiques montrent qu'un tendon a surtout besoin d'un mouvement bien dosé. Ni trop, ni trop peu : juste assez pour envoyer aux cellules le message qu'il est temps de reconstruire un tissu plus résistant.
Les erreurs qui empêchent un tendon de guérir
Lorsqu'une douleur tendineuse s'installe depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois, il est tentant de penser que le tendon est "fragile" ou qu'il ne guérira jamais. En réalité, ce n'est généralement pas le cas. Le plus souvent, ce sont les conditions de la réparation qui ne sont pas réunies.
Le tendon est un tissu vivant qui s'adapte en permanence aux contraintes mécaniques. Pour se reconstruire, il a besoin d'un dosage précis entre sollicitation et récupération. Un excès comme un manque de contraintes peuvent ralentir, voire bloquer, ce processus d'adaptation.
Le repos complet: une fausse bonne idée
Face à la douleur, le premier réflexe consiste souvent à arrêter toute activité. Pourtant, un repos prolongé entraîne rapidement une diminution des capacités du tendon.
Les cellules tendineuses, appelées ténocytes, ont besoin de percevoir des contraintes mécaniques pour maintenir la qualité du collagène. En l'absence de sollicitation, la synthèse de nouvelles fibres diminue, tandis que la résistance mécanique du tendon se dégrade progressivement.
C'est pourquoi un tendon immobilisé pendant plusieurs semaines devient plus fragile et moins apte à supporter les efforts du quotidien.
A l'inverse, une reprise progressive de la mise en charge stimule la production de collagène et favorise un remodelage plus organisé des fibres.
A l'inverse, en faire trop entretient la lésion
L'autre erreur fréquente consiste à continuer les activités douloureuses sans modifier la charge de travail.
Course à pied, tennis, musculation ou gestes professionnels répétitifs peuvent dépasser la capacité actuelle du tendon. Les microcontraintes s'accumulent alors plus vite que les mécanismes de réparation.
Le tendon entre dans un cercle vicieux:
surcharge mécanique;
douleur;
désorganisation des fibres;
diminution de la capacité à supporter les efforts;
nouvelle surcharge.
La douleur n'est donc pas uniquement un signal d'inflammation : elle indique souvent que la capacité du tendon est momentanément inférieure aux contraintes qu'on lui impose.
Les anti-inflammatoires ne résolvent pas le problème
Comme nous l'avons vu dans l'article précédent, la majorité des tendinopathies chroniques présentent peu de cellules inflammatoires.
Dans ce contexte, les anti-inflammatoires peuvent parfois diminuer la douleur à court terme, mais ils ne réparent pas les fibres de collagène désorganisées. Ils peuvent même masquer les symptômes et conduire à reprendre trop rapidement les activités, alors que le tendon n'a pas retrouvé sa capacité mécanique.
L'objectif principal n'est donc pas simplement de supprimer la douleur, mais de restaurer progressivement les propriétés biologiques et mécaniques du tendon.
Penser uniquement au tendon est parfois insuffisant
Un tendon ne travaille jamais seul.
La force qu'il reçoit dépend également de la qualité musculaire, de la mobilité des articulations, de la coordination des mouvements et parfois même du sommeil, de la récupération ou de certains facteurs métaboliques.
C'est pourquoi deux personnes présentant la même lésion tendineuse peuvent évoluer de façon très différente.
Une prise en charge efficace cherche à identifier l'ensemble des facteurs qui entretiennent la surcharge mécanique, plutôt que de traiter uniquement la zone douloureuse.
Changer de regard
Pendant longtemps, l'objectif était de mettre le tendon au repos jusqu'à disparition de la douleur.
Aujourd'hui, les recherches de Jill Cook et Craig Purdam montrent qu'un tendon se reconstruit surtout lorsqu'il reçoit une charge adaptée à son niveau de capacité. Ce n'est ni le repos complet, ni la douleur qu'il faut rechercher, mais le bon dosage de contrainte mécanique.
Autrement dit, la question n'est plus:
« Comment supprimer la douleur? »
mais plutôt :
« Comment redonner progressivement au tendon sa capacité à supporter les efforts? »

Ce que montre aujourd'hui la littérature scientifique
Pendant de nombreuses années, la prise en charge des tendinopathies consistait principalement à diminuer la douleur. Repos, glace, anti-inflammatoires ou infiltrations étaient souvent proposés comme première intention.
Aujourd'hui, la recherche a profondément fait évoluer cette vision.
Les études montrent que le traitement le plus efficace est celui qui aide le tendon à retrouver progressivement sa capacité d'adaptation, plutôt que celui qui cherche uniquement à supprimer les symptômes.
L'exercice est aujourd'hui le traitement de référence
S'il ne fallait retenir qu'une seule intervention, ce serait celle-ci : l'exercice thérapeutique progressif.
De nombreuses revues systématiques et recommandations internationales montrent que des exercices adaptés permettent de réduire durablement la douleur, d'améliorer la fonction et surtout d'augmenter la capacité mécanique du tendon.
Contrairement aux idées reçues, ces exercices ne « fatiguent » pas le tendon. Lorsqu'ils sont correctement dosés, ils stimulent l'activité des ténocytes, favorisent la synthèse de collagène et améliorent progressivement l'organisation des fibres.
C'est précisément ce mécanisme biologique qui explique pourquoi les résultats apparaissent souvent progressivement, sur plusieurs semaines.
À retenirLe tendon ne se renforce pas malgré les contraintes mécaniques : il se renforce grâce à des contraintes adaptées.
Les thérapies complémentaires peuvent accompagner la réparation
Si l'exercice constitue le pilier du traitement, certaines techniques peuvent créer un environnement biologique plus favorable à la réparation.
Parmi les approches les plus étudiées figurent:
les ondes de choc extracorporelles, qui stimuleraient la néovascularisation, la production de facteurs de croissance et le remodelage tissulaire;
le dry needling, dont plusieurs études suggèrent qu'il peut induire une micro-réponse réparatrice en stimulant la vascularisation locale et le remodelage du collagène;
certaines techniques de thérapie manuelle, utiles pour restaurer la mobilité, diminuer les contraintes mécaniques excessives et faciliter la reprise des exercices.
Ces approches ne remplacent cependant pas le travail actif du patient. Elles constituent des outils complémentaires destinés à accompagner le processus de réparation.
Chaque tendon a sa propre histoire
Toutes les tendinopathies ne répondent pas de la même manière au traitement.
La localisation (Achille, rotulien, coiffe des rotateurs, épicondyliens...), l'ancienneté de la douleur, l'activité physique, le sommeil, le diabète, le tabagisme ou encore certains traitements médicamenteux influencent la vitesse de récupération.
C'est pourquoi les recommandations actuelles insistent sur une prise en charge individualisée, adaptée au stade de la tendinopathie et aux objectifs du patient.
Il n'existe pas de protocole universel valable pour tout le monde.
La patience fait partie du traitement
L'une des principales difficultés des tendinopathies est leur évolution souvent lente.
Contrairement à une idée largement répandue, la disparition de la douleur ne signifie pas que le tendon est totalement réparé. Les adaptations biologiques du collagène continuent plusieurs semaines, voire plusieurs mois après l'amélioration clinique.
Cette différence explique pourquoi une reprise trop rapide du sport ou des activités professionnelles expose à un risque important de récidive.
La récupération d'un tendon ressemble davantage à un entraînement progressif qu'à la guérison d'une simple blessure.
Changer de regard
Pendant longtemps, la question était:
« Comment faire disparaître la douleur? »
Aujourd'hui, la recherche pose une autre question:
« Comment redonner au tendon sa capacité à supporter les contraintes de la vie quotidienne ou du sport? »
Cette nuance change tout.
Le tendon n'est plus considéré comme un tissu fragile qu'il faut protéger à tout prix, mais comme un tissu vivant capable de s'adapter, de se remodeler et de retrouver ses propriétés mécaniques lorsque les bonnes conditions biologiques sont réunies.
C'est précisément cette vision qui est au cœur de la médecine régénérative moderne et de l'ostéopathie régénérative: accompagner les mécanismes naturels de réparation plutôt que chercher uniquement à masquer les symptômes.
Conclusion: et si le véritable traitement consistait à aider le tendon à se reconstruire?
Pendant longtemps, les tendinopathies ont été considérées comme de simples inflammations qu'il fallait calmer. Aujourd'hui, les connaissances scientifiques racontent une tout autre histoire.
Dans la majorité des cas, un tendon douloureux n'est pas un tendon « enflammé », mais un tendon dont le processus de réparation s'est interrompu. Les fibres de collagène se désorganisent, la capacité du tendon diminue progressivement et la douleur apparaît lorsque les contraintes dépassent ce que le tissu est capable de supporter.
Cette nouvelle compréhension change profondément la manière de prendre en charge les tendinopathies.
Le repos complet n'est généralement plus la solution. Les traitements passifs ne suffisent pas à reconstruire un tendon. Ce qui favorise réellement la guérison, c'est une approche qui respecte la biologie du tissu: une charge mécanique adaptée, une progression raisonnée des exercices et, lorsque cela est indiqué, des techniques capables d'accompagner les mécanismes naturels de réparation.
Le tendon possède une remarquable capacité d'adaptation. Même après plusieurs mois de douleur, il conserve un potentiel de remodelage, à condition de recevoir les bons stimuli au bon moment.
C'est précisément sur cette compréhension que repose l'ostéopathie régénérative : ne pas chercher uniquement à faire disparaître la douleur, mais créer les meilleures conditions pour que le tissu retrouve progressivement sa structure, sa résistance et sa fonction.
A retenir
✔ Une tendinopathie chronique est rarement une inflammation persistante.
✔ Le tendon cicatrise lentement en raison de sa faible vascularisation et de son renouvellement cellulaire limité.
✔ Le repos prolongé comme la surcharge mécanique peuvent freiner la réparation.
✔ L'exercice thérapeutique progressif est aujourd'hui le traitement de référence.
✔ Les thérapies comme le dry needling, les ondes de choc ou certaines techniques manuelles peuvent accompagner le processus de réparation lorsqu'elles sont intégrées dans une prise en charge globale.
✔ Comprendre la biologie du tendon permet de mieux comprendre pourquoi la guérison demande du temps… mais aussi pourquoi elle reste possible.
Vous souffrez d'une tendinopathie persistante?
Si votre douleur revient malgré le repos, les traitements habituels ou plusieurs mois d'évolution, il est souvent utile d'évaluer non seulement le tendon lui-même, mais aussi l'ensemble des facteurs qui limitent sa réparation: qualité de la mise en charge, mobilité, contrôle musculaire, habitudes de récupération ou contraintes du quotidien.
Au cabinet, cette approche s'inscrit dans une démarche d'ostéopathie régénérative, qui associe un bilan précis, des conseils personnalisés, une gestion progressive de la charge et, lorsque cela est indiqué, des techniques comme le dry needling, les ondes de choc ou la TECAR thérapie, afin d'accompagner les mécanismes naturels de réparation des tissus.
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A propos de l'auteur: Boris Laub, Ostéopathe D.O.

Boris Laub est un ostéopathe, fort d'une riche expérience dans le domaine de l'ostéopathie, acquise depuis 2007. Ancien sportif de haut niveau en basket-ball, il a découvert les bienfaits de l'ostéopathie dès son plus jeune âge, ce qui l'a conduit à embrasser cette profession avec passion. Diplômé en kinésithérapie et en ostéopathie à Paris (Fondation EFOM Boris Dolto), ainsi qu'en anatomie à l'Université de Bordeaux, Boris est constamment à la recherche de nouvelles techniques et approches pour améliorer sa pratique et la prise en charge de ses patients. Il partage également son savoir et son expérience en tant qu'enseignant et formateur dans des instituts de formation en ostéopathie et en kinésithérapie. Basé à Espère, Boris Laub est dédié à fournir des soins personnalisés, visant à améliorer le bien-être et la qualité de vie de ses patients.
Bibliographie
Compréhension moderne de la tendinopathie
Cook, J. L., & Purdam, C. R. (2009).Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical presentation of load-induced tendinopathy.British Journal of Sports Medicine, 43(6), 409–416.https://doi.org/10.1136/bjsm.2008.051193
Article fondateur proposant le modèle du continuum de la tendinopathie.
Cook, J. L., & Docking, S. I. (2015).Rehabilitation will increase the "capacity" of your tendon… why don't we explain it to patients?British Journal of Sports Medicine, 49(23), 1484–1485.https://doi.org/10.1136/bjsports-2015-094930
Explique le concept de capacité du tendon et l'importance de l'éducation du patient.
Biologie et mécanobiologie du tendon
Wang, J. H.-C. (2006).Mechanobiology of tendon.Journal of Biomechanics, 39(9), 1563–1582.https://doi.org/10.1016/j.jbiomech.2005.05.011
Référence majeure sur la mécanotransduction et la réponse cellulaire aux contraintes mécaniques.
Magnusson, S. P., Langberg, H., & Kjaer, M. (2010).The pathogenesis of tendinopathy: balancing the response to loading.Nature Reviews Rheumatology, 6, 262–268.https://doi.org/10.1038/nrrheum.2010.43
Excellent article expliquant comment la charge mécanique influence la réparation tendineuse.
Exercice thérapeutique
Malliaras, P., Barton, C. J., Reeves, N. D., & Langberg, H. (2013).Achilles and patellar tendinopathy loading programmes: a systematic review comparing clinical outcomes and identifying potential mechanisms for effectiveness.British Journal of Sports Medicine, 47(4), 209–215.https://doi.org/10.1136/bjsports-2013-092576
Revue systématique démontrant que l'exercice progressif constitue le traitement de référence.
Rio, E., Kidgell, D., Purdam, C., et al. (2015).Isometric exercise induces analgesia and reduces inhibition in patellar tendinopathy.British Journal of Sports Medicine, 49(19), 1277–1283.https://doi.org/10.1136/bjsports-2014-094386
Étude montrant l'effet analgésique des exercices isométriques.
Recommandations internationales
Scott, A., Squier, K., Alfredson, H., et al. (2020).ICON 2019: International Scientific Tendinopathy Symposium Consensus.British Journal of Sports Medicine, 54(20), 1180–1188.https://doi.org/10.1136/bjsports-2019-101804
Consensus international sur la définition, la physiopathologie et la prise en charge des tendinopathies.
Dry Needling
Krey, D., Borchers, J., & McCamey, K. (2015).Tendinopathy: Why the difference between tendinitis and tendinosis matters.Current Sports Medicine Reports, 14(2), 87–92.https://doi.org/10.1249/JSR.0000000000000122
Bon article de synthèse sur l'évolution des connaissances concernant les tendinopathies.
Mattie, R., Wong, J., McCormick, Z., et al. (2020).Dry Needling for the Management of Tendinopathy: A Systematic Review of Randomized Controlled Trials.PM&R, 12(9), 944–952.https://doi.org/10.1002/pmrj.12319
Revue systématique évaluant l'efficacité du dry needling dans les tendinopathies.
Ondes de choc
Speed, C. (2014).A systematic review of shockwave therapies in soft tissue conditions: focusing on the evidence.British Journal of Sports Medicine.
Revue de référence sur les indications des ondes de choc dans les pathologies tendineuses.





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